Tromperies relatives

Je gravite
aux bords de la galaxie,
regardant la Terre à distance,
à un jet de pierre.

Je crains que
mon roulement
sur la poussière des étoiles
bouleverse les équilibres,
me rende coupable
de déformer le Point Bleu-Pâle.

Je voudrais
le protéger,
le garder dans mon poing,
mais j’ai peur
que je puisse voler sa lumière.

Je voudrais,
avec une expiration forcée,
disperser le sable,
les grains qui l’entourent,
mais j’ai peur
de kidnapper aux Terriens
la joie d’un ciel étoilé.

Alors,
je fais un plongeon
à travers le télescope,
je sors de la solitude cosmique
en traversant la frontière en verre,
je rejoins mon peuple.

À travers le microscope,
je ne regarderai jamais,
que je ne sois pas de nouveau trompé
par elle, la relativité ..

Déséquilibré

Je suis sur une balançoire à bascule
soutenue par les sommets des années,
captif dans l’Ancien Monde,
sans savoir
qui,
à l’autre extrémité,
joue avec moi.

J’ai envie de changer de camp,
d’émigrer dans le Nouveau Monde,
pour me secouer d’une année absurde,
sans aucun désir de la revoir,
sans regrets.

Mais c’est une grosse sécheresse
d’informations
et, sur le bois en équilibre,
une canette pleine de doute roule.

Je regarde devant moi
à la boule de cristal dysfonctionnelle,
réticente à révéler ses intentions
et je ne vois qu’une bouteille givrée
par le sable des désirs,
par des violents vents,
battant à travers les trous de mon âme.

Manquant de perspective,
je jette hors de moi,
vers le point d’équilibre,
des questions inutiles :
Est-il Demain meilleur qu’Hier ?

La figure

Dans le noir de la nuit éclairée par la lune,
il pleut dans les abîmes de mon âme
avec des pensées et des pétales de cerise.

Les torrents se déversent en mots,
l’alambic se surchauffe,
on distille les essences,
le Bien et le Mal
de la quenouille, en spirales s’entrelacent.

Trop plein de sentiments,
sur la rue étroite de milliers d’années,
je passe près de l’Homme avec des bras tendus,
j’entends son soupir tremblant.

Humble,
je lève les yeux de l’argile,
je cherche sur le bois cru
le visage de Celui attristé,
mais aucune figure ne prend forme,
c’est juste une auréole étrangement chaude.

Pourtant, les yeux,
par la lumière inondés,
déconnectés de l’appareil,
semblent voir le monde d’autour.

« N’ayez pas peur ! »
comme un écho vient de loin,
mais cela semble si proche que,
terrifiés, les peurs s’enfuient.
Accrochés à l’arbre de la connaissance,
mes puzzles s’éclaircissent.

Puis, j’ai trouvé la réponse,
j’ai fait la paix avec la question,
celle que ne laisserait pas mes nuits s’endormir:
Celui qui est né de la Lumière,
sur le précieux bois
ne peut pas être que de la Lumière !

Carrousel

Le carrousel de mots
Prend vie dans l’esprit
Parmi des souvenirs
Parmi des vœux
Parmi des sentiments…

Je saute
Un saut dans le vide
Dans le vide de l’estomac
Un estomac en fer
Fait en fer rouge
Le rouge de l’âme
D’une âme brûlante
Brûlante seulement pour elle
Elle celle du coin
Du coin du canapé
Le canapé des rêves
Des rêves perdus
Perdus et pas récupérés
Récupérés que des instants
Des instants échoués
Échoués dans le grand désert
Le désert en moi…

A l’entretien avec Le Vieil

J’ai amené la chaise près de nuages,
à côté de la table avec des milliers d’étoiles,
au rendez-vous avec Le Vieil.

J’ai humblement fléchi
et j’ai lui chuchoté
mystérieux,
à son oreille,
mes craintes.

Le Vieil ne semblait pas écouter,
il avait une respiration calme,
le regard perdu à l’horizon,
les yeux suspendus aux crêtes.

Avec l’égoïsme de terrien,
J’ai secoué son long manteau,
J’ai perturbé sa méditation,
en attendant que ses miettes d’attention tombent.

Ensuite,
il a tendu sa main droite
à mon cœur.
Avec la gauche,
il a dessiné les montagnes
et il m’a dit:

« Vous êtes fou,
il y a des milliers d’arcs-en-ciel sur le ciel maintenant,
mais vous ne les voyez pas!

Âme aveugle,
le rythme de votre cœur
assombrit mes étoiles,
trouble le trille des oiseaux!
Ouvrez votre vie à la vérité,
qu’elle garde votre essence!
Prenez soin du récipient de l’âme,
qu’il défend votre foi!

Et taisez-vous !
Écoutez le silence.
Cherchez l’infini dans le grain de sable ! »

Honteux,
Je suis descendu en douceur sur une feuille rouillée,
dans l’étreinte de la terre,
pour retrouver
Le Bonheur …

Émotions indécis

Quand des larmes noires s’écoulent du ciel gris
se cache le temps dans les plis des vieux regrets,
des crocs arrachent des âmes comme des prix,
les blanches aigrettes couvrent des noirs secrets.

Se détachent de livres des mots secs et froids,
rebelles ronces de roses crèvent les murs,
l’ombre de ton cœur va-et-vient, pleine d’effroi,
sur ma vie, des cicatrices d’amour sont mûrs.

Un œil te regarde réfléchissant pendant
que ta ligne fine en cœurs mesure le temps
Par l’autre passent que des fantasmes comptant
les fils de sable cuivrés d’un été d’antan…

Sur un blanc cheval du vent, courent mes lointains,
me fouettent des mèches, me faisant du mal,
je voudrais choisir de ces sauvages chemins
la voie des chevaux libres, pour le vol final.

Je reviens et cherche les pardons du demain,
un sapin enneigé dans des rêves banals…

Pourquoi tuer les rêves?

Si je cherche
sur le ciel étoilé des trèfles à quatre-feuilles,
on me dit que je suis fou,
que je me suis trop éloigné de la Terre.

Si je cherche
sur la Voie lactée le petit poisson d’or flottant,
on me dit que ça ne tourne pas rond avec moi,
que, en naviguant sans chapeau, le soleil m’a frappé fort.

Si je cherche
sur les chemins du temps le vrai amour perdu,
on me dit que c’est la crise de l’âge moyen,
mais que le taux de récupération est très prometteur.

Mais,
si vous tous cherchez mon bien terrestre
dans une montagne d’explications inutiles,
de la hauteur de mon vol aux confins de l’univers, je vous demanderais :
“Pourquoi voulez-vous tuer mes rêves ?”

Matins sans toi

Les cils encollés cherchent leur liberté,
réveillés à la trompette du matin.

Les volets du nouveau monde s’ouvrent
et tu m’apparais,
profil léger,
contour agité,
courant
entre le peigne et l’atomiseur de parfum.

Pour un instant,
tu t’arrêtes
et tes yeux me sourient
chaleureusement,
en me disant au revoir.
J’aimerais les retarder,
garder leurs éclats
à côté de moi, sur l’oreiller qui pleure déjà
la solitude, leur absence.

Tu disparais
en t’écoulant en douceur,
comme une geisha,
sur la musique saccadée des pas,
un écho s’estompant progressivement,
écrasé par le tonnerre
à la porte de deux mondes.

Je laisse mes paupières baisser le rideau.
Les muets rêves,
je les déménage sur ton oreiller.
Je chasse la douceur de tes lèvres,
la chaleur du ton corps.
Je cherche
le sanctuaire pour une âme solitaire.

Tu n’es pas là,
et pourtant,
dans le donjon de l’esprit
des souvenirs brisent leurs chaînes,
des fantasmes volent comme des papillons au soleil d’été.

Tu n’es pas là,
et pourtant,
ma main glisse sur ta peau fine,
ton parfum me fait frémir les abîmes.

Tu n’es pas là…

Saisons gris

Au jeu du soleil, je regarde solitaire
Des vilaines créatures enchaînant mes vœux.
Je lutte contre les vagues d’instincts primaires,
Confusions dans l’âme, le vent aux cheveux…

Craintif, sage, allongé au bord du canapé,
Captive je garde la vie matérielle
Le noble vol m’interdisant, acclimaté
Avec des peines à vie, pénitentielles.

Je n’supporte plus des messages fatalistes,
Des tristes nouvelles avec des gens mourant.
Les mouchoirs ont trop de larmes surréalistes
Pour les pétales d’un bourgeon, jamais sortants.

Dehors est mois d’avril, printemps des amoureux,
Les âmes de feuilles d’automne juste pleurent,
L’été, j’ai peur du silence luxurieux,
En blanc hiver de nouvelles guerres demeure…

Mon cœur, quel jour trouveras-tu le bleu des cieux ?

Éclaboussures de Mai

ils passent
la porte de l’âme
les larmes des nuages
chassés
par le tonnerre du ciel
des âmes kamikaze
chargées d’idéaux
effondrés dans la poussière chaude
primordiale auge à pain
l’argile pétrie avec la dignité de la paysanne
réveillée au premier chant du coq

du ciel bien trop haut
s’enfuissent
des éclairs du soleil
trompent
les nuances de gris dans les vêtements des ombres
s’excitent
des innocentes éclaboussures
lévitent
des gemmes liquides
invoquent
un miracle par la force des vents
et la seconde
la seconde attend bien sage
un souffle
une âme
que le barrage de la vie soit brisé
sans témoin
sans limites
par le grand anonyme

donc
je remets le rêve dans son berceau
je lui ai laissé lire le nouveau script
je secoue de ma tête les questions incommodes
les volets s’ouvrent sur l’horizon actuel
et je permets au temps à couler
à dérouler les cadres de la réalité

je suis dans un exercice d’admiration continuelle