Equilibrium

Je suis tombé
du berceau de l’enfance,
dans un monde
plein de contradictions,
de choses bizarres,
pour lesquelles
je n’étais pas prêt.

J’ai reçu la carte de l’exercice,
un itinéraire balisé en noir,
lequel
je devais le traverser
les yeux liés,
sans dévier de la route.

Les tempêtes m’ont poussé
parfois à la lumière
et souvent
à l’obscurité,
ne pouvant pas distinguer
la réalité du rêve.
Je ne sais toujours pas si
la balance
a trouvé, finalement,
du repos.

Je cherchais des âmes perdues
leur montrer mon chemin,
mais chacun avait
une carte personnalisée
et nos itinéraires
ils se sont juste croisés.

J’ai rencontré des âmes voyageuses,
avec une expérience si intense du présent,
sans aucun projet d’avenir.
Nous flottâmes ensemble dans les nuages,
jusqu’à ce que la pluie commença
et je me réveillai dans la poussière,
avec des gouttes salées
se mélangeant
avec des gouttes de pluie.

J’ai arrêté d’inventorier des âmes,
j’ai cherché des relations adultes
et des pensées mûres.
Mais j’ai trébuché
dans un problème auquel
je ne trouve pas de solution,
qui ne vient pas du monde extérieur,
mais de mon propre mécanisme,
une pièce défectueuse,
que je ne peux pas identifier,
qui m’empêche de toucher
l’équilibre …

Brouillard matinal

La terre s’est réveillée,
au paquet avec le brouillard,
brillant,
burqa éthéré,
flottant irréel
sur le visage du soleil,
à la renaissance de l’aube.

Je sens comment
tu dis „Au revoir”
à la nuit engloutie par la lumière,
en battant des paupières,
des ailes déployées,
en vol vers les hauteurs.

Je te regarde et j’attends,
j’attends que tu me reçoives
dans ton rêve innocent,
moi,
l’accident à la fin heureuse,
pour retrouver tes réponses
à des examens depuis longtemps
passés.

Tu ouvres les fenêtres vers le matin
et mon regard se sent coupable que
j’ai interrompu ton rêve d’ado.

J’essaye de me revancher
en caressant tes lèvres
avec mes lèvres chargées de désirs, j’inspire votre parfume
avec des narines dilatées d’impatience,
je me nourris de toi
avec la faim d’un diabétique.

Mon film a rompu,
je me souviens juste que
on s’est retrouvés enlacés,
respirations irrégulières,
avec des regards embrassés.

C’est si facile se perdre dans le brouillard…

Arcs-en-ciel tombés

Le soleil est tombé malade,
il a pris un congé,
mais je l’ai remis entre de bonnes mains,
aux soins des sœurs de l’univers.

J’ai mis une annonce pour le remplacer
à temps limité
et je me suis réveillé avec une lune
pâle et sans vie,
mais ayant un riche CV.

Elle se vantait
qu’elle est la mère des amants,
que sans elle
même les loups ne hurleraient pas,
mais elle n’a rien dit,
rien à propos du bleu ciel,
rien sur les couleurs des fleurs,
rien sur le vert des montagnes.

Tout à coup,
voyant sa lueur modeste,
une anxiété aiguë me saisit en pensant
à ce qui allait se passer,
à quoi ressemblerait un monde
sans le Soleil.

Avec un cœur comme une puce
je lui ai demandé :
« Qu’arrivera-t-il au Bonheur ?
Après les chaudes pluies d’été,
de quelles couleurs le ciel le peindra-t-il ? »

Personne ne m’a répondu,
mais j’ai vu
des anges tombant sur mon âme,
des arcs-en-ciel dans les tons de gris,
des arcs-en-ciel tombés …

À la frontière des deux mondes

Il pleut lentement,
des bourgeons explosent aux poignets,
des feuilles pointues poussent de mains
et je ne sais pas pourquoi
les doigts ressemblent à des branches séchées.

Je suis puni
par des limitations de vitesse
imposées aux couleurs,
avec des tuyaux bouchés par le temps
et je ne sais pas pourquoi
le moteur continue à filer,
tranquillement,
le vent d’automne.

Et il pleut
avec des rêves
n’ayant pas reçu leurs ailes d’ange,
avec des éclaboussures
noyant des moments de bonheur …

Je ne comprends pas,
la fin de l’automne
où envoie-t-elle,
dans quel paradis,
les feuilles mortes?

Lune folle

j’ai battu le gong de la lune
par des cœurs énamourés
des cris désespérés
des âmes condamnées
des fréquences isolées
dans un univers résonnant
laisse le haut du ciel
des flocons comme des stèles
en chute libre
sur des yeux rêveurs
mais des regards supérieurs
des regards pas enfantins
se débattent parmi les instants nus
parmi de longues minutes
passent non filtrés
à travers des agonies noyés
sur des sentiers battus
à travers des années lunaires
des instants de vie
des gouttes de l’infini
des tranches d’étoiles
avec des beaux rêves
ça m’est égal
le danse vif du temps
les fleurs de printemps
je suis étonné
sous la pleine lune
sans aucune culpabilité
dans les cœurs condamnés
avec des cris isolés
des âmes désespérées
… je vous ai retrouvé …

Tromperies relatives

Je gravite
aux bords de la galaxie,
regardant la Terre à distance,
à un jet de pierre.

Je crains que
mon roulement
sur la poussière des étoiles
bouleverse les équilibres,
me rende coupable
de déformer le Point Bleu-Pâle.

Je voudrais
le protéger,
le garder dans mon poing,
mais j’ai peur
que je puisse voler sa lumière.

Je voudrais,
avec une expiration forcée,
disperser le sable,
les grains qui l’entourent,
mais j’ai peur
de kidnapper aux Terriens
la joie d’un ciel étoilé.

Alors,
je fais un plongeon
à travers le télescope,
je sors de la solitude cosmique
en traversant la frontière en verre,
je rejoins mon peuple.

À travers le microscope,
je ne regarderai jamais,
que je ne sois pas de nouveau trompé
par elle, la relativité ..

Déséquilibré

Je suis sur une balançoire à bascule
soutenue par les sommets des années,
captif dans l’Ancien Monde,
sans savoir
qui,
à l’autre extrémité,
joue avec moi.

J’ai envie de changer de camp,
d’émigrer dans le Nouveau Monde,
pour me secouer d’une année absurde,
sans aucun désir de la revoir,
sans regrets.

Mais c’est une grosse sécheresse
d’informations
et, sur le bois en équilibre,
une canette pleine de doute roule.

Je regarde devant moi
à la boule de cristal dysfonctionnelle,
réticente à révéler ses intentions
et je ne vois qu’une bouteille givrée
par le sable des désirs,
par des violents vents,
battant à travers les trous de mon âme.

Manquant de perspective,
je jette hors de moi,
vers le point d’équilibre,
des questions inutiles :
Est-il Demain meilleur qu’Hier ?

La figure

Dans le noir de la nuit éclairée par la lune,
il pleut dans les abîmes de mon âme
avec des pensées et des pétales de cerise.

Les torrents se déversent en mots,
l’alambic se surchauffe,
on distille les essences,
le Bien et le Mal
de la quenouille, en spirales s’entrelacent.

Trop plein de sentiments,
sur la rue étroite de milliers d’années,
je passe près de l’Homme avec des bras tendus,
j’entends son soupir tremblant.

Humble,
je lève les yeux de l’argile,
je cherche sur le bois cru
le visage de Celui attristé,
mais aucune figure ne prend forme,
c’est juste une auréole étrangement chaude.

Pourtant, les yeux,
par la lumière inondés,
déconnectés de l’appareil,
semblent voir le monde d’autour.

« N’ayez pas peur ! »
comme un écho vient de loin,
mais cela semble si proche que,
terrifiés, les peurs s’enfuient.
Accrochés à l’arbre de la connaissance,
mes puzzles s’éclaircissent.

Puis, j’ai trouvé la réponse,
j’ai fait la paix avec la question,
celle que ne laisserait pas mes nuits s’endormir:
Celui qui est né de la Lumière,
sur le précieux bois
ne peut pas être que de la Lumière !

Carrousel

Le carrousel de mots
Prend vie dans l’esprit
Parmi des souvenirs
Parmi des vœux
Parmi des sentiments…

Je saute
Un saut dans le vide
Dans le vide de l’estomac
Un estomac en fer
Fait en fer rouge
Le rouge de l’âme
D’une âme brûlante
Brûlante seulement pour elle
Elle celle du coin
Du coin du canapé
Le canapé des rêves
Des rêves perdus
Perdus et pas récupérés
Récupérés que des instants
Des instants échoués
Échoués dans le grand désert
Le désert en moi…

A l’entretien avec Le Vieil

J’ai amené la chaise près de nuages,
à côté de la table avec des milliers d’étoiles,
au rendez-vous avec Le Vieil.

J’ai humblement fléchi
et j’ai lui chuchoté
mystérieux,
à son oreille,
mes craintes.

Le Vieil ne semblait pas écouter,
il avait une respiration calme,
le regard perdu à l’horizon,
les yeux suspendus aux crêtes.

Avec l’égoïsme de terrien,
J’ai secoué son long manteau,
J’ai perturbé sa méditation,
en attendant que ses miettes d’attention tombent.

Ensuite,
il a tendu sa main droite
à mon cœur.
Avec la gauche,
il a dessiné les montagnes
et il m’a dit:

« Vous êtes fou,
il y a des milliers d’arcs-en-ciel sur le ciel maintenant,
mais vous ne les voyez pas!

Âme aveugle,
le rythme de votre cœur
assombrit mes étoiles,
trouble le trille des oiseaux!
Ouvrez votre vie à la vérité,
qu’elle garde votre essence!
Prenez soin du récipient de l’âme,
qu’il défend votre foi!

Et taisez-vous !
Écoutez le silence.
Cherchez l’infini dans le grain de sable ! »

Honteux,
Je suis descendu en douceur sur une feuille rouillée,
dans l’étreinte de la terre,
pour retrouver
Le Bonheur …